Le croire-savoir.

Croire, n'est pas savoir.

Le mental n'aime pas l'inconnu. Là où il ne sait pas, il remplit. Et il ne remplit jamais librement. Le mental est toujours sous influences. Il prend un morceau de réel, y pose une peur, un souvenir, une phrase entendue dans l'enfance, et il en fait une certitude.

C'est une mécanique. Elle tourne en nous du matin au soir. Et nous y croyons. Sincèrement.

Le plus troublant, c'est que la croyance a le goût du savoir. Même solidité. Même évidence. Le même aplomb. C'est ce que j'appelle le croire-savoir.

C'est là que la confusion commence. Il est difficile de distinguer là où l'on s'illusionne, de ce qui est réellement juste.

Alors, comment faire la différence ? La réalité s'en charge.

Toujours, elle nous rattrape. Et ça pique.

Ce pincement-là, on voudrait l'éviter. Il est pourtant l'endroit où quelque chose peut enfin bouger.

Car ces peurs ont un lieu en nous. À l'intérieur de notre système, un espace est confronté aux peurs. Une partie de soi, aussi légitime qu'une autre. Plus on apprend à la connaître, à l'accueillir pour ce qu'elle est, moins on la laisse nous illusionner. Ce qui crie en silence, ce qui vacille en nous lorsque le contexte le déclenche, mérite toute notre compassion. Il n'y a jamais de hasard en sa présence. Il y a des expériences vécues, par soi ou par sa lignée. Des mémoires de souffrance à libérer, pour desserrer l'étau. Tant qu'il n'est pas rencontré, ses influences sont toujours trompeuses.

Pour vous donner un exemple, dans mon système, il y a un espace qui craint la déception autant qu'il la provoque. La rêveuse idéaliste en moi projette un soulagement futur, par la réalisation dans la matière d'un cadre qui éliminerait les sources d'insécurité. Voyez comme cela projette à l'extérieur. Par la forme, la réponse à un besoin profond. Celui de la tranquillité.

Si je laisse cet espace m'illusionner, et ça m'arrive encore, je vais projeter des réalisations qui n'arriveront pas. Je peux me laisser influencer par ce qui me le promettra. Certes, cela apaise sur le moment. Mais la déception arrivera, inéluctablement. Car j'aurai manqué de discernement.

Le mental, lui, a sa parade. Il explique. Il justifie. Il projette une solution au dehors. Tant que le regard reste tourné vers l'extérieur, rien ne se déplace.

Le discernement demande une posture d'humilité.

Plus je reconnais en moi cet espace, moins je lui laisse d'influences. La rencontre avec ses besoins me permet d'en prendre soin.

Dans mon exemple, comment m'apporter dans l'instant présent, la tranquillité dont j'ai besoin ? La réponse est vibratoire. Se trouve, dans l'espace de la Présence.

Le remède tient donc dans l'instant présent. Observer ce qui a peur. Observer ce qui cherche le soulagement. Et lui offrir les deux : la sagesse du factuel, et la considération pour ce qui est ressenti face à ce factuel. Rechercher l'apaisement sans condition de forme.

C'est là que le savoir se tient. Il ne se raconte pas. Il se constate. Le fait, tel qu'il est. Le ressenti, tel qu'il est. Rien à croire là-dedans. Rien à défendre non plus.

La ressource se construit alors sur la confiance. En la Vie, d'abord.

« Rien n'est donné pour nous écraser », écrit Christiane Singer. Une formule que j'aime beaucoup. Certaines épreuves sont incontournables, autant qu'imprévisibles. Mais toujours, elles apportent leur cadeau de sagesse, exactement là où nous en avons encore besoin.

Et c'est ainsi qu'on avance. Pas à pas. Qu'on chemine, vers toujours plus d'humilité et de discernement.

La confiance en Soi, aussi. En sa capacité à s'apporter toute la compassion dont on a besoin, pour traverser l'inconfort. Pour traverser l'inconnu.

Une formule est à garder, bien au chaud près de son Coeur : Quoi qu'il arrive, je m'apporterai toujours la douceur dont j'ai besoin, pour me soutenir.

Et cela change tout.

De tout Coeur, Karen